mercredi 3 juin 2026 à 19h

« Les chemins du communisme libertaire en Espagne, 1868-1937 "

Présentation du Tome 3 , par Myrtille Gonzalbo, membre des Giménologues

« L'intérêt est de savoir comment les gens du commun sont capables de faire une révolution sociale, et cet événement ne se produit pas en un jour. Il est donc important de parcourir l'itinéraire qu'ils ont suivi pour en arriver à un tel engagement total.»

Pere Lopez, Barcelona, 2014.

Après la publication des Fils de la nuit et de A Zaragoza o al charco, où il nous importait de sortir de l'oubli et d'amplifier les témoignages de protagonistes anarchistes, j'ai voulu comprendre d'où venait le projet communiste libertaire, et pourquoi il s'est trouvé comme chez lui en Espagne. Ce processus riche et complexe méritait d'être retracé de bout en bout, d'où la rédaction de cette trilogie.

En 1919, une partie importante du mouvement ouvrier et paysan espagnol est restée radicalement anticapitaliste et organisée en vue de l'abolition de l'État, de la propriété privée, du travail salarié, de l'argent et du marché - alors que l'anarchisme ne sortait pas de sa phase de retrait dans les autres pays industrialisés, après la saignée de la guerre mondiale.

Souvent en complémentarité sur le plan théorico-pratique, cénétistes, groupes d'affinités et anarchistes individualistes se projetèrent dans une société post-capitaliste centrée sur la commune, rurale et urbaine, le travail en collectif et la distribution de ses produits suivant le principe « à chacun selon ses besoins ».

Mais tout cela n'alla pas sans polémiques ni tirages internes importants, par exemple entre les tendances communalistes et syndicalistes du mouvement libertaire. En même temps les débats entre « agraristas » et « industrialistas » rendaient compte d'une approche originale de la part des premiers, qui ne dissociaient pas le capitalisme de son appareil industriel. Dans un pays fortement imprégné de mentalités pré-capitalistes, on remarque dans les publications libertaires la grande l'importance accordée à des thèmes tels que l'amour de la campagne et de la nature, le rejet de l'usine et de l'industrialisation, le travail associé à une vie misérable.

Il n'en reste pas moins que la polarité entre possibilisme syndicaliste et intransigeance anarchiste s'intensifia après mai 1936, et aboutit à une situation paradoxale en juillet. J'ai voulu tirer à partir de là de nouveaux « enseignements de la révolution espagnole » dans le prolongement des travaux de Vernon Richards, en reprenant son questionnement : « Dans quelle mesure le mouvement révolutionnaire espagnol a-t-il été responsable de son propre échec en 1936-1938 ?».

Source : message reçu le 16 mai 09h